• 29 décembre 1956

    Cela fait 60 ans que les devoirs écrits à la maison sont interdits à l'école élémentaire en France, depuis le 29 décembre 1956 exactement.

    Dans cette circulaire, on trouve d'abord les raisons de cette prise de décision :

    "Des études récentes sur les problèmes relatifs à l’efficacité du travail scolaire dans ses rapports avec la santé des enfants ont mis en évidence l’excès du travail écrit généralement exigé des élèves. En effet, le développement normal physiologique et intellectuel d’un enfant de moins de onze ans s’accommode mal d’une journée de travail trop longue. Six heures de classe bien employées constituent un maximum au-delà duquel un supplément de travail soutenu ne peut qu’apporter une fatigue préjudiciable à la santé physique et à l’équilibre nerveux des enfants. Enfin le travail écrit fait hors de la classe, hors de la présence du maître et dans des conditions matérielles et psychologiques souvent mauvaises, ne présente qu’un intérêt éducatif limité."

    Puis, l'injonction est très claire :

    "En conséquence, aucun devoir écrit, soit obligatoire, soit facultatif, ne sera demandé aux élèves hors de la classe. Cette prescription a un caractère impératif et les inspecteurs départementaux de l’enseignement du premier degré sont invités à veiller à son application stricte."

    Cependant, réviser les leçons de la journée ou apprendre une poésie restent autorisés. La circulaire suggère même "la lecture d’un livre de la bibliothèque, d’un livre récréatif et attrayant, capable d’intéresser des enfants tout en contribuant à leur éducation. La littérature enfantine, tant française qu’étrangère, offre un choix plus que suffisant d’ouvrages de cette sorte. Ainsi sera encouragé chez les élèves le goût de la lecture, goût qu’ils auront des chances de conserver."

    Cependant, déjà en 1956, de nombreux enseignants résistent à cette injonction.

    Une nouvelle circulaire paraît le 28 janvier 1958 pour confirmer la précédente :

    "Par arrêté du 23 novembre 1956 (B. O. n° 42 du 29-11-56, p. 3005 ; 100-Pr-& II a, p. 9), il a été procédé à un aménagement des horaires des cours élémentaires et moyens des écoles primaires, de façon à dégager cinq heures par semaine pour la rédaction des devoirs, et par circulaire du 29 décembre 1956 (B. O. n° 1 du 3-1-57, p. 63 ; 100-Pr-& II/b 2, p. 119), les mesures d’application de ce texte ont été portées à votre connaissance, notamment en ce qui concerne la suppression des devoirs à la maison ou en étude.

    Je vous prie de vouloir bien rappeler à tous les instituteurs de votre département le caractère impératif des prescriptions de ma circulaire du 29 décembre 1956 et prier MM. les Inspecteurs primaires de veiller à son exacte application.

    Pour le Ministre et par autorisation :
    Le Directeur général de l’Enseignement du Premier degré,
    A. Beslais"

    Mais rien n'y fait, il y a toujours des instituteurs qui refusent d'obtempérer.

    Deux nouvelles circulaires rappellent quelques années plus tard cette interdiction des devoirs écrits à la maison :

    Les circulaires  n° 64-496 du 17 décembre 1964, n° 71-38 du 28 janvier 1971 .

    Dans celle de 1971, on suggère même de nouvelles pistes de tâches et d'activités  : "À l’exclusion des devoirs écrits, il ne manque pas de tâches et d’activités : leçons à apprendre, lecture, étude de quelques mots nouveaux, petites enquêtes, etc., auxquelles les élèves peuvent, après la classe de l’après-midi, se livrer avec profit."

    En 1994, le Ministre F. Bayrou rappellera l’interdiction à nouveau dans la circulaire N°94-226 du 6 septembre 1994:  "Les élèves n’ont pas de devoirs écrits en dehors du temps scolaire. A la sortie de l’école, le travail donné par les maitres se limite à un travail oral ou à des leçons à apprendre."

    Je vous recommande pour en savoir un peu plus de lire le dossier qui a été fait par l'Inspection Académique du Nord, il y a 10 ans : 50 ans de travail au noir particulièrement bien explicite sur les conséquences négatives des devoirs écrits.

    Et pourtant aujourd'hui, il y a encore des résistances.
    Des enquêtes ont été menées localement par des associations de parents d'élèves qui montrent qu'1 élève sur 2 travaillerait de 15 à 30 minutes par jour et 1 sur 3 de 30 à 45 minutes.

    Jamais dans l'histoire de l’Éducation Nationale une circulaire n'aura été autant régulièrement transgressée par de nombreux enseignants, sous l’œil bienveillant des parents.

    L’argument avancé par ces enseignants est qu’il faut les entraîner pour le collège…

    Pour terminer cet article, je dirais qu'à titre personnel, je n'ai jamais donné de devoirs écrits et que cela n'a jamais empêché mes élèves de réussir leur scolarité en 6e.

    Chaque année d'ailleurs, pendant la réunion de début d'année, je projette à chaque fois cette excellente BD de Jac, récupérée sur le site du Dirlo ...

     

    Préparation à la 6e


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  • Commentaires

    1
    Cecilez
    Lundi 5 Décembre 2016 à 20:04

    Je ne connaissais pas cette bd, je la garde pour la prochaine réunion de rentrée... A moins que notre futur président n'abroge cette loi géniale. J'ai cru entendre que c'était dans les tuyaux de certains... :-(

    2
    Lundi 5 Décembre 2016 à 22:35

    Pas certain que l'on revienne en arrière mais bon tout est possible. Merci pour tes messages.

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